Union locale CGT Paris 5ème/6ième (UL-CGT 5-6)

La Métropole du Grand-Paris

Révoqué pour son engagement syndical

Yann Le Merrer, militant SUD PTT dans les Hauts-de-Seine et fonctionnaire, a été destitué. Une exclusion définitive pour faits syndicaux. Du jamais-vu depuis 1951, signant un durcissement de la répression antisyndicale dans une entreprise en pleine mutation. Choqué par cette décision, le syndicaliste, coutumier des représailles de La Poste, ne pensait pas que la direction franchirait cette ligne rouge. « Depuis 2010, je n’ai travaillé que 14 mois, j’étais mis à pied pour mon activité syndicale ou exclu. Mais là, la révoc’, c’est le pire pour un fonctionnaire. Je ne peux même plus trouver un poste dans la fonction publique. Cela a une charge symbolique très forte. »

Depuis la fin de la grève de 173 jours des postiers des Hauts-de-Seine, cet été, la plus longue de l’histoire de La Poste, les sanctions tombent. Quatre syndicalistes ont été licenciés. D’autres attendent encore leur passage en conseil de discipline. Au terme d’un conflit très tendu, les grévistes avaient arraché le report des restructurations et l’embauche des personnes en contrat professionnel. Pour Régis Blanchot, administrateur de SUD PTT, « avec cette révocation, un tabou est tombé. Il devient presque impossible de mener une action syndicale à La Poste. Il faut prévenir 48 heures à l’avance pour distribuer
un tract, sinon on vous interdit d’y entrer ! L’ensemble des organisations se plaignent de la répression ». Yann Le Merrer explique : « C’est dans notre pratique d’aller voir les agents de centre en centre, d’intervenir en cas d’urgence. Comme La Poste nous interdit tout, nous sommes en faute en permanence. L’entreprise ne veut plus des militants de terrain, elle veut les éliminer. »

Depuis 2005 et l’affaire des quatorze syndicalistes CGT et SUD de Bordeaux-Bègles qui dénonçaient une réorganisation, l’entreprise n’hésite plus à criminaliser les représentants des salariés et à sortir l’artillerie lourde pour les bâillonner. La Poste avait alors fait intervenir le GIPN pour interrompre une pseudos-séquestration et avait ensuite traîné les militants devant le tribunal correctionnel.

En dix ans, le groupe a perdu 80 000 emplois et fermé en masse des centres de tri, de distribution, des bureaux perdant en présence territoriale, pour améliorer sa rentabilité. Au prix d’un bilan social désastreux entraînant des dizaines de suicides dans le groupe. En réaction, partout en France, les grèves de longue durée se sont multipliées. Aux avant-postes pour maintenir un service public de qualité, les syndicalistes subissent quasi systématiquement le retour de bâton. Plus particulièrement ceux de la CGT et de SUD. A Aubigny-sur-Nère, après un mouvement de 130 jours cet été à l’appel des deux syndicats contre des délocalisations d’emplois, le secrétaire du syndicat SUD PTT du Cher était passé en conseil de discipline pour des propos outrageants et le blocage d’un centre de distribution. Deux des militants grévistes ont même fini en hôpital psychiatrique. Cette répression violente s’est accentuée, depuis la première étape de la privatisation du groupe, avec le changement de statut en société anonyme à capitaux publics, le 1er mars 2010. Un revirement stratégique, mais aussi un changement de priorité confirmé à l’horizon 2020 avec la mise en avant de la Banque postale comme locomotive du groupe, au détriment de ses activités historiques.

Pendant dix ans, La Poste a aussi surfé sur le flou juridique qui entourait ses représentants du personnel. Seuls les élus du CHSCT et les conseillers du salarié étaient mis à l’abri par leurs mandats. Un décret paru en novembre 2014 étend un peu cette protection. Pour Bernard Dupin, administrateur de la CGT, « Philippe Wahl, PDG de La Poste, n’a cessé de tailler dans la masse salariale et de sanctionner pour un oui ou pour un non. Cette sanction fait remonter à une période sombre de notre histoire, on ne peut pas accepter cette situation ».

Pour Yann Le Merrer, le combat ne fait que commencer. Un recours va être déposé en référé auprès du tribunal administratif pour contester la révocation. SUD PTT et l’union syndicale Solidaires a écrit à Marylise Lebranchu, ministre de la Fonction publique, pour demander la levée de la sanction. Pour Nicolas Galépides, secrétaire général de SUD PTT, il est temps que le gouvernement se réveille. « Ça fait deux ans que nous demandons un rendez-vous à l’actionnaire majoritaire pour parler de la liberté syndicale. L’entreprise impose ses propres règles, à tel point que les syndicalistes de La Poste ont moins de droits que les autres militants en France.

Un rassemblement de soutien était prévu aujourd’hui, à 14 heures, devant la direction opérationnelle territoriale du courrier (DOTC) à Nanterre (Hauts-de-Seine).

Et une pétition est en ligne

Cet article a été publié le 20 janvier 2015

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