Union locale CGT Paris 5ème/6ième (UL-CGT 5-6)

La Métropole du Grand-Paris

Grève des personnels des wagons-bars des TGV

C’est un conflit qui illustre les aberrations liées à la sous-traitance. Depuis jeudi dernier, les 1 200 salariés qui assurent le service dans les wagons-bars de la SNCF, essentiellement dans les TGV, sont en grève à 80 % à l’appel des syndicats, CFDT, CGT, FO et SUD. Employés successivement par les sociétés Servair, Wagons-Lits et Cremonini au fil des passations de marché ces dernières années, ils sont passés en novembre 2013 sous la coupe de la société Newrest qui, en association avec le groupe Elior, a remporté l’appel d’offres de la SNCF. Et comme en 2009 lors du passage de Wagons-Lits à Cremonini, le basculement provoque une dégradation des conditions de travail, et la grève. « On a tenu plusieurs mois, mais là, ça suffit », explique un gréviste.

Hier lundi, 200 d’entre eux, venus de toute la France, se sont rassemblés à la gare de Lyon dans les locaux de leur direction, puis sont allés envahir, un peu plus loin dans le XIIe arrondissement, ceux de CRM Services, la filiale de la SNCF chargée de l’approvisionnement des wagons-bars. Principal motif de la grève en effet, une situation absurde mais récurrente depuis que Newrest a repris l’activité : les hôtesses et stewards se retrouvent à bord, à devoir servir les clients, mais avec très peu de produits. « On arrive en rupture de stock très rapidement, les clients ne sont pas contents », explique Moïse Cissoko, représentant CFDT. Outre la tension qui monte avec la clientèle, les ruptures ont un impact direct sur le salaire des commerciaux, payés au Smic mais avec une commission de 3,5 % ou 7 % sur le chiffre d’affaires. « J’ai perdu 300 euros par mois, et je trouve ça dommage pour les clients qui attendent un vrai service », témoigne un gréviste, qui se souvient être parti avec deux plats chauds à bord pour un aller-retour Paris-Toulouse. D’autres ont acheté de leur poche du pain ou des croissants dans des boulangeries, pour ne pas partir sans rien à vendre.

Alors qu’autrefois, Cremonini se chargeait de l’achat et de la vente des produits, la SNCF a redécoupé l’activité. Elle se charge de l’achat des produits, mais c’est un autre sous-traitant, Avirail, qui assure le chargement des rames, tandis que Newrest ne fait qu’apporter la main-d’œuvre pour la vente. Une situation à la limite du prêt de main-d’œuvre illicite, souligne la CFDT, et qui provoque un brouillage des responsabilités. « Quand on dénonce les problèmes, ces trois sociétés se renvoient la balle », déplore Moïse Cissoko. C’est pourquoi les syndicats réclamaient une rencontre quadripartite avec tous ces acteurs, qui a été acceptée ce week-end, et doit se tenir mercredi matin. D’ici là, la grève est reconduite. La réunion permettra peut-être de clarifier les responsabilités, mais, pour certains salariés, la baisse des ventes pourrait être organisée par la SNCF. « Ils sont en train d’étouffer le métier, pour habituer le client à avoir moins de restauration à bord, et qui sait, supprimer les wagons-bars », redoute une hôtesse. « Les clients commencent à prendre leurs précautions et à acheter à manger dans les gares, où l’offre s’est beaucoup développée », souligne un collègue. En juin dernier, le président de la SNCF, Guillaume Pepy, a en effet lancé l’idée que les futures rames mises en service en 2018 puissent ne pas comporter de wagon-bar, pour optimiser le remplissage en voyageurs, et faire baisser le prix du billet…

Au cœur de la grève également, les conditions de travail de ces nomades du rail. « Notre métier cumule de nombreux facteurs de pénibilité, que ce soit le bruit, les vibrations, les horaires décalés, le travail de nuit, il y a beaucoup d’accidents du travail », pointe Anthony Bouche, délégué SUD rail et membre du CHSCT, qui dénonce la vétusté du matériel. « On a inspecté des rames, 62 % présentaient des appareils en panne ou des portes qui ne ferment pas et peuvent blesser les commerciaux. » D’après les grévistes, les plannings se sont « durcis » depuis l’arrivée de Newrest : des prises de service à 4 h 40 plus nombreuses, parfois onze heures de coupure seulement entre deux journées de travail, ou des amplitudes de travail énormes, par exemple de 6 heures à 22 h 50, avec une grosse coupure au milieu. « Au delà de trois heures de coupure, ils doivent prévoir une chambre d’hôtel pour qu’on se repose, raconte un gréviste. Mais quand ce n’est pas le cas, on est comme des SDF dans les gares ! On va au McDo ou on reste sur les quais. On n’a pas accès aux locaux SNCF. Parfois un cheminot nous ouvre, mais dans certaines gares il n’y a plus personne. »

Cet article a été publié le 24 février 2015

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